Avez-vous connu le site webencyclo.com ? C'était la première encyclopédie en ligne française dont la qualité et la richesse de contenu étaient indéniables. Elle possédait deux fonds, un fond académique rédigé par des experts et un fond collaboratif alimenté par les abonnés. L'éditeur, propriétaire de la marque et du nom de domaine est la société  Éditions Atlas. Cette encyclopédie s'est retirée de la toile en octobre 2005, alors pourquoi je vous en parle ? En tant qu'utilisateur et ex-abonné il me semble voir en cette histoire une morale.

Livre
Photo Livre - CC0 Domaine Public

L'encyclopédie source de savoir

Quand j'étais jeune (à peine hier en fait) mes parents tenaient à ce que leurs enfants aient toutes les chances de s'épanouir et de s'instruire. Ils avaient acquis l'encyclopédie Universalis. Quand j'avais une question, la réponse presque invariable de mon père était : « as-tu cherché ? ». Évidemment, la réponse négative de ma part entraînait l'obligation de consulter avec lui, sinon l'encyclopédie au moins un dictionnaire jusqu'à ce que je prenne le pli et même le goût de le faire moi-même. L'encyclopédie était et est toujours pour moi la première source de savoir. S'il y a deux outils, dont jamais, je n'arriverais à me passer, ce sont bien un bon dictionnaire et une bonne encyclopédie. Plus tard étant équipé d'un ordinateur, mon premier souci fut d'avoir une encyclopédie sur (plus pratique à consulter, moins encombrante, moins onéreuse et aussi hélas un choix que je regrette aujourd'hui, mais c'est une autre histoire, j'en reparlerai dans ce blog à une autre occasion). Par la suite, étant connecté, mes premières aspirations furent de disposer d'une encyclopédie accessible sur le web. C'est en 1999 que webencyclo.com naissait, elle fut la première encyclopédie en ligne française. Vous imaginez bien, qu'elle figurât dans les sites que je fréquentais aussi assidument que possible. Chaque fois que j'avais besoin d'approfondir un sujet, elle était le départ de toutes mes investigations d'autant plus que l'encyclopédie offrait pour chaque sujet, des liens vers des sites de référence, une excellente idée pour une encyclopédie qui avait été soigneusement pensé pour le net.

Un modèle économique qui aurait pu assurer la pérennité

L'arrivée de webencyclo.com fut avec raison, positivement salué comme dans cet article Les Editions Atlas proposent une encyclopédie en ligne gratuite de M. Philippe Guerrier, publié sur le JDNet le 20 décembre 1999. L'accès à l'encyclopédie était gratuit. La publicité et la vente de produits dérivés devaient générer les revenus nécessaires à l'entreprise, de plus, l'accès à l'encyclopédie nécessitait une inscription. En 2000, Webencyclo évolua et s'ouvrit aux contributions des internautes qui devaient préalablement s'inscrire. Les contributeurs devaient aussi abandonner leurs droits au profit de l'encyclopédie, tout en gardant devant d'éventuelless poursuites, la responsabilité de leurs écrits comme en témoigne l'article Webencyclo, l'encyclopédie en ligne dont vous êtes le héros une montagne de savoir écrite et assemblée sur le Net par ses propres lecteurs de M. Alain Jennotte, publié sur Le Soir le 07 juillet 2000. Même pas un an après sa sortie, Webencyclo n'était plus seule, la plupart des grands noms (Universalis, Larousse, Hachette) de l'encyclopédie française avaient mis leurs encyclopédies en ligne.

En 2002, le modèle économique de Webencyclo se précisait, les Éditions Atlas commercialisait ses fichiers clients, voir : Les Editions Atlas internalisent la commercialisation de leur base e-mail de Mme Anne-Laure Béranger, publié sur le JDNet  le 3 juillet 2002. Rien de particulièrement choquant ni de nouveau sous le soleil, la pratique est courante et ne date pas d'internet, pour se constituer une base de prospects, les vépécistes et pas seulement eux, depuis longtemps s'échangent, se vendent et exploitent leur base de clients. Par ailleurs, la pratique était respectueuse des usagers puisque seuls les internautes ayant explicitement donné leurs accords étaient concernés.

Que s'est-il passé ?

En 2001, à la suite d'un phénomène naissant aux États-Unis, est fondé , cette encyclopédie libre () connaît un succès rapide qui ne s'est jamais démenti. L'encyclopédie Wikipédia a-t-elle sonné le glas de Webencyclo ?

Certes Wikipédia a dû bouleverser la donne. Elle a souvent été désignée comme étant le fossoyeur pour beaucoup d'encyclopédie aujourd'hui disparue, que ce soit papier ou sur la toile,  mais c'est allé un peu vite en besogne. Les marchés quel qu'ils soient évoluent en permanence, la capacité de s'y adapter n'est jamais de la responsabilité de la concurrence (quand elle est loyale). Par ailleurs beaucoup d'encyclopédies propriétaires ont résisté (pour peu, qu'une résistance fut nécessaire) et existent encore aujourd'hui. J'imagine, car je n'ai pas cherché à le savoir ou à le vérifier, qu'elles sont pour la plupart rentables. Face aux qualités de wikipédia que n'avaient pas Webencyclo, principalement un savoir libre de droits et réutilisable, Webencyclo avaient d'autres qualités à opposer :

  • une meilleure ergonomie (recherche par mots-clés, une recherche thématique, une structure de thèmes et de rubriques claires, une recherche par médias, ...);
  • une interface plus "sexy" même si ce n'est pas la première chose que l'on attend d'une encyclopédie (c'est certes une question de goût,  mais franchement ne venez pas me dire que le design wiki est particulièrement beau);
  • un contenu bien structuré, cohérent, pas de renvois, de notes de bas de page ou de commentaires rédactionnels dans tous les sens dans les articles;
  • des articles stables, sous contrôle et sous la responsabilité d'une signature;
  • ...

En ce qui concerne Webencyclo, de mémoire, personne n'a d'ailleurs mis en cause sérieusement Wikipédia, quelques hypothèses d'école sans plus. Il y avait dans l'air du temps, une autre explication. Il faut se resituer dans le contexte. L'année 2000 est l'année de la . Beaucoup de sociétés étaient cotées en bourse avec des valeurs démesurées alors qu'il n'y avait derrière qu'un vague concept à la viabilité douteuse. La bulle a éclaté, refroidissant certains investisseurs.  Or c'est dans ces années que les Éditions Atlas investissent lourdement, voir l'article  Les Éditions Atlas échafaudent leur e-galaxie de M. Philippe Guerrier, publié sur le JDNet le 8 décembre 2000. Peu importe que les Éditions Atlas ne soit pas la première venue, l'éclatement de la bulle a dû faire très mal aux investissements du groupe et les perspectives de rentabilités rapides se sont envolées.

En 2002 le groupe tente de restructurer ses investissements sur internet et tente de faire preuve d'inventivité pour essayer de trouver une rentabilité, voir :

Je n'ai jamais été dans les arcanes de la gestion et des choix stratégiques des Éditions Atlas, encore une fois, je ne suis qu'un internaute qui a vu une histoire se dérouler depuis sa lucarne, mais je pense que dans la restructuration du groupe, Webencyclo n'a encore sa place que parce que le site permet la collecte d'adresses mails. Il faut aussi se souvenir qu'au départ de Webencyclo, il y avait un projet d'encyclopédie sur  qui n'a pas très bien fonctionné, les investissements nécessaires pour en faire une encyclopédie en ligne bien intégrée à un environnement web n'ont dû qu'alourdir la facture de départ, hypothéquant les chances de rentabilité rapide. La fin est connue, en 2005 webencyclo cesse d'exister.

La morale de cette histoire

Si c'est la bulle internet qui a accru les difficultés pour rentabiliser Webencyclo, encore une fois, c'est les spéculations de la finance qui cassent les reins à une entreprise. Il est légitime d'attendre un retour sur investissement, c'est plus que nécessaire pour perdurer, encore faut-il qu'un investissement soit un investissement et non pas un racket sur le travail et la création. Je trouve dommage que Webencyclo ne soit plus. D'une certaine manière, je suis certains que ce site aurait tiré son épingle du jeu, car c'était un beau produit, mais pour l'usager la vision des priorités du site était brouillée car en fin de compte, à partir de 2002, l'on pouvait légitimement se demander si Webencyclo était une encyclopédie ou juste une entreprise de collecte d'adresse mail.

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