J'aime bien internet, il y a quand même des choses qui m'inquiètent sérieusement. Comme beaucoup, j'ai plus ou moins admis, puisque rien n'est gratuit en ce monde, que des entreprises comme Facebook ou Google s'arrogent le droit de suivre nos activités sur internet. C'est peut-être le prix à payer pour la "gratuité" de certains services, un autre pas est cependant franchi. Ce n'est jamais avec sérénité que je lis certaines nouvelles, comme la guerre aux fausses informations que Facebook et Google veulent mener après l'élection de Novembre du président américain.

Fausses Nouvelles sur internet

Une élection qui n'a pas plu à tout le monde

Le 8 novembre 2016, Donald Trump gagnait les élections américaines. Les médias ont commencé à s'émouvoir à propos des fausses nouvelles qui auraient facilité l'élection du très controversé candidat. Ils accusent les réseaux sociaux et en particulier Facebook, d'avoir facilité cette élection en faisant la promotion des fausses informations. Facebook, après avoir nié son rôle (personnellement, même s'il n'y a pas de quoi être fier, je l'aurais revendiqué, n'est-ce pas le rôle d'un réseau social de diffuser ce que les membres veulent mettre en avant?), Facebook et Google ont annoncé des mesures pour lutter contre les fausses nouvelles en commençant par la coupure des revenus publicitaires des sites à l'origine d'informations fausses. Facebook permettrait même à ces utilisateurs de signaler les contenus controversés et les marquerait après vérification par un organisme tiers.

Lire : Zuckerberg explique comment Facebook s’attaquera aux fausses nouvelles

Une porte ouverte à la censure

Cela s'appelle ouvrir une porte à la censure ce qui n'est jamais une bonne nouvelle en démocratie. En ce qui concerne les réseaux sociaux, le choix des contenus mis en avant, forcément au détriment d'autres, est déjà une forme d'engagement dont la neutralité ne peut être assurée que si les critères sont transparents. Or ce n'est pas le cas, en partie parce que les dits réseaux ne veulent pas que le classement des contenus puissent être manipulés (c'est tout à leur honneur, même si ce n'est pas une complète réussite et ce n'est pas les SEO manager qui me diront le contraire) et surtout parce que c'est leur fonds de commerce. Dans ces conditions, l'on pourrait penser que le fait de jouer les censeurs n'est pas très grave, qu'on n'est pas à cela près. Justement si ! Ce n'est pas tant les coups de boutoir contre un principe démocratique qui est la liberté d'expression que la démonstration que c'est envisageable de le faire et d'aller plus loin. Nos gouvernants prompts à tout mettre sur le dos d'internet, peuvent dorénavant exiger plus. Un jour ou l'autre trop sera trop, en attendant on en est même pas là, c'est juste stupide.

Censurer les fausses informations peut paraître intelligent, cependant qui décide qu'une nouvelle est fausse ? Que la terre ne soit pas plate n'est plus une nouvelle, il fut un temps où cette information aurait été censurée.

Plutôt que d'ouvrir la voie à plus de transparence dans le classement et la mise en avant des contenus, le choix desdits réseaux va vers plus d'obscurantisme en choisissant la voie de la censure. Même s'ils cherchent à avoir l'air de ne pas trop y toucher en prétendant confier le filtrage à des organismes extérieurs et à leurs utilisateurs. Confier le filtrage des fausses nouvelles à ceux qui les ont mis en avant, me paraît être une bouffonnerie et une tentative de nous prendre pour des andouilles (encore que je ne me faisais aucune illusion à ce sujet). Quant aux organismes tiers en question, quels qu'ils soient, ils doivent vivre et à ceux qui l'ignorent, une pompe à fric n'est jamais neutre, ni honnête, elle pompe, c'est tout (vieille leçon ).

Il y a de quoi nous interroger: Sommes-nous encore en démocratie ?

En Novembre la chancelière allemande Angela Merkel se fendait d'un discours devant les députés de la Bundestag mettant en garde contre les fausses nouvelles sur internet qui faciliteraient la montée des populistes en Europe. Une fois de plus, c'est internet le coupable. Curieusement, pour nos politiques prêts à n'importe quelle compromission pour se faire élire, la culpabilité d'internet est une évidence. Jamais ils ne leur viendraient à l'esprit qu'ils y sont pour quelque chose si le populisme gagne du terrain. Leurs mensonges, leurs revirements, les facilités qu'ils s'autorisent dans leurs discours, leurs mépris envers le peuple, leur empressement à favoriser l'enrichissement des plus riches au détriment des plus pauvres, foin de tout cela! Internet est là, et explique tout! Si ce n'est pas du populisme, alors je ne m'y connais pas. Comment s'étonner alors qu'un Donald Trump peut gagner, si l'analyse des hommes politiques soi-disant sérieux, ne vole pas plus haut que cela ? Je doute que les réseaux sociaux y soient vraiment pour quelque chose ou du moins leur implication ne reflète qu'une réalité existant sans eux.

Lire: Allemagne : Angela Merkel contre les fausses infos des réseaux sociaux

Par contre je m'interroge, comment se fait-il qu'après l'élection de Donald Trump, les dits réseaux sociaux prétendent vouloir faire quelque chose, alors que depuis des années, il y a chaque jour sans doute des milliers de victimes de brouteurs et que jamais ils n'ont rien fait de sérieux pour lutter contre ces escrocs ?

Il y a eu une guerre contre l'Irak sur la base de fausses informations relayées aussi par les médias institutionnels. Les conséquences de cette guerre, se font encore sentir. Elle a déstabilisé durablement tout le Moyen-orient, elle est à l'origine de la création de Daech, elle nous coûte des fortunes pour la lutte contre le terrorisme, elle a tué et tue encore des milliers d'innocents. Bizarrement je n'ai vu aucun politique, ni aucun journal monter aux créneaux pour fustiger ces médias, curieux non?

J'ai bien peur hélas que les choses ne s'arrangent pas. La désinformation, les fausses nouvelles, les rumeurs m'ont toujours paru être l'apanage des endroits dénués de démocratie et la contrepartie d'une censure exécrable et totalitaire. Il me semble donc curieux de vouloir lutter contre la désinformation en usant des moyens du totalitarisme.

ContactCrée le02/01/2017.